Natacha Donzé

House for sale
2019
Acrylic on canvas
360 × 170 × 3,5 cm

27 juin 2019, Mathilde Germanier

La recherche de Natacha Donzé questionne les codes sociaux, les stéréotypes, les lieux communs et les fables de la culture populaire. Sur de grands aplats de couleurs vives et acides, elle intègre différents symboles figuratifs issus de champs culturels variés. En les isolants, les répétant ou les associant, elle produit des compositions d’images que nous synthétisons à l’aide de la mémoire collective et individuelle. D’un premier abord séduisant, les peintures de Natacha Donzé instillent habilement un sentiment de malaise.

L’utilisation de certains symboles figuratifs, tels que les fleurs, drapeaux ou jardins façonnés par l’homme rappellent des événements marquants de l’histoire. Dans Memorial Garden I, réalisé en 2017, l’artiste met en image un lexique lié à la guerre, le champ d’honneur et la commémoration patriotique. En parallèle, les compositions schématisent des jardins formels et se rapportent à l’histoire. La couleur verte prend un rôle particulier dans la série Memorial Garden, 2018. Le vert, associé aujourd’hui à l’image de la nature est également lié au contexte virtuel. Techniquement, Natacha Donzé utilise une tonalité spécifique de vert, couleur la moins présente dans notre quotidien chromatique. Ce procédé permet de démarquer, voire isoler un objet. Le cinéma, jusque dans les années nonante, était friand de ces teintes puisque le vert était la seule couleur vraiment inquiétante à l’écran. Mêlant habilement les codes chromatiques et leur charge symbolique, Natacha Donzé met en lumière des questionnements sociaux tels que la transformation de la nature par la main de l’homme. L’ornementation et l’esthétique de ces jardins officiels deviennent une représentation économique d’un statut social et le vert se voit ainsi directement lié au pécuniaire : les billets de banque, les tapis de jeux de casino ou encore des courts de golfs.

Les références à une imagerie politique, technologique ou architecturale sont représentées par une simplification des formes et une narration chromatique : du vert aux relents nostalgiques au bleu électrique presque fluorescent, référent d’une réalité technologique contemporaine.

Les toiles de la série The empire and the mansion nous plongent dans un paysage architectural perturbé par une nuée de moustiques. Les éléments architecturaux rappellent des lieux liés à la justice, l’administration, l’éducation ou encore de cultes. La série est marquée par la répétition d’un bleu inspiré des moquettes de sénats. L’utilisation dramatique du rouge et noir, atmosphère apocalyptique, amplifie le bourdonnement visuel crée par la présence de ces nuisibles.

Dans la toile Three Little Pigs, l’artiste fait à la fois référence à la célèbre fable et à la représentation qu’en fait Walt Disney. Toutefois, Natacha Donzé adopte une approche ironique. En utilisant les codes marketing du logo d’entreprise, la ronde joyeuse se mue en frénésie. L’expression des cochons est ambiguë, entre joie, stupéfaction et horreur. La fable est utilisée afin de remettre en question le travail et l’oisiveté dans notre société capitaliste.

Pour les Swiss Art Awards, dans la catégorie Kiefer Hablitzel, l’artiste propose un projet lié à ce contexte d’exposition spécifique. En parallèle d’une foire d’art dans laquelle les objets viennent s’accumuler, elle aborde des questions liées à l’espace, au stockage et à la propriété. L’artiste se réapproprie des formes liées aux columbariums et à leurs structures. Niches funéraires de plus en plus répandues dans le monde, elles répondent à des problématiques d’optimisation spatiale et économiques liée à la mort. Cette symbolique mortuaire est marquée par les incrustations florales fantomatiques. L’association d’un dispositif dont l’esthétique rappelle une étagère d’entreprise à la notion du columbarium ironise sur la situation. Le triptyque, House for sale, projette l’image d’une pancarte immobilière remettant en vente un bien; un renouveau post mortem ouvrant plusieurs thématiques comme la propriété, l’échange et son économie.